Notes Lunatiques

La nouvelle vie à peine romancée d'une apprentie savant fou es alchimie transcendantale.

09 novembre 2009

Jour 58 : de l'attraction du gastéropode vers le côté obscur de la force

Suite du poste précédent.


Je me réveille sous les acclamations et les applaudissements. Interdite, j’attends que ma vision me revienne, et dans la faible obscurité, aperçois le centre d’attention de tous les élèves. J’ai été poussée sur le côté pour faire place à un autre cobaye, qui chancelle à présent bizarrement sur place, comme si on le rouait de coups de poing invisibles. Il titube quelques instants sous les souffles retenus, et brusquement rebondit sur ses appuis, dans un rugissement de colère à ébranler le cœur hypertrophié du prof. Comme si les attaques mentales ne parvenaient qu’à l’enrager de plus en plus, il se jette sur celui-ci et l’assaille de coups haineux. La lumière se rallume, et il se retrouve nez à nez avec un mannequin grossièrement déguisé en prof, avec un collier en fausse dent de requin et une perruque blonde filandreuse. Avant d’avoir eu le temps de comprendre ce qui lui arrive, il est chaleureusement félicité et le prof lui accorde même une bourrade sur l’épaule.


Il revient ensuite vers moi avec un sourire mi-narquois, mi-compatissant.

« Alors, notre Belle au bois dormant est enfin disposée à reprendre l’entraînement ? »

Je lui lance un regard mauvais qui me donne sûrement plus l’air d’une gamine boudeuse que d’une alchimiste vindicative, et reprends la place que cobaye n°2 vient de quitter. Le prof me balance un « prête ? », et actionne le levier. Les voix reprennent, et j’ai beau faire, je les trouve toujours aussi flippantes et oppressantes. Juste envie de me rouler en boule et de ne plus bouger.

« Et bien, n°11, on dirait que tu veux rester une limace toute ta vie ? S’esclaffe le prof.

- Nan.

- T’as une drôle de façon de le montrer. »

Soudain les murmures s’estompent, laissant place à une litanie railleuse.

« Looser, looser ! » Scandent les voix à l’unisson.

Le noir complet me donne la folle impression que ce sont les élèves qui récitent ça, en me pointant vers moi un doigt accusateur.

« Purée, c’est relou, arrêtez.

- Looser, looser !

- Arrêtez, c’est pas vrai…

- Looser, looser !

- ARRETEZ ! »


A chaque mot prononcé, j’ai l’impression de sentir monter d’un degré la température de mon sang. Je commence à bouillonner d’une énergie formidable, venue d’on ne sait d’où, et qui ne demande qu’à sortir, sortir…

Propulsée comme une cocotte-minute mal fermée, je bondis sur la machine du fond de la salle, et attrape une télécommande portant un gros bouton rouge qui présente le même symbole que le levier. Continuant ma folle escalade, je me pends par une main sur un bras articulé, relié d’un côté à la machine, de l’autre à une parabole encore fumante, pointée vers le morceau de carrelage qui me supportait quelques secondes plus tôt. Le bras se plie sous mon poids, et la parabole se tourne vers la tignasse jaune du prof, comme un T-Rex découvrant sa proie.


« Et maintenant, Monsieur, si j’appuie sur le gros bouton rouge, là, est-ce qu’on saura si vous appartenez à la classe des mollusques ?

- Purée déconne pas, petite. Tu t’es un peu trop échauffée, là. (Il pousse un rire nerveux.) Vous n’avez pas encore eu les cours de prévention sur le côté obscure ? Parce que tu tiens pas un bon karma, là, crois-moi.

- Je veux qu’on arrête le cours TOUT-DE-SUITE. Et que vous me dispensiez des prochaines de ces séances débiles. »

Le prof lève les bras en l’air.

« Ok, ok, ce que tu veux. Lâche-ça maintenant. »

Avec une moue grognonne, je me glisse jusqu’à la terre ferme et repose la télécommande sur le tableau de bord de la machine. Encore frémissants, les élèves sortent en silence de la salle, certains me lançant des regards déconcertés. Le prof s’avance une dernière fois vers moi.

« Alors, on dirait que tu commences à piger le truc, hein ! »


J’ai l’étrange impression de m’être faite avoir, là.

darkslug

Jeune lecteur innocent, rejoins-moi du côté obscure de la Forsss...sslurp.


Posté par lune hikari à 19:46 - Quotidien - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire